Originaire de Normandie, Lucile Derly se rêvait pilote de ligne. L’idée de voler, de voir le monde d’en haut, vibrer d’un sentiment de liberté… c’est ce qui l’animait. Stoppée en plein vol pour problèmes de vue, elle se tourne vers des études d’ingénieur, à Polytech Paris Sorbonne.
Après trois ans d’alternance chez Siemens puis un an chez Sanofi, elle se spécialise dans le marketing. Sollicitée par un médecin, elle raconte « Plusieurs fois, il m’a parlé de ses difficultés à soigner ses patients sans leur faire de mal en posant un cathéter, un stent ou en faisant une ponction artérielle sur le poignet. » Ces gestes, relevant du domaine de l’artériologie, peuvent devenir une épreuve de force chez certains patients, notamment ceux atteints de maladies chroniques qui sont régulièrement piqués. En raison des hématomes, chaque intervention peut s’avérer source de douleurs. Alors qu’une prise de sang dans l’artère est réalisée toutes les 13 secondes en France, une solution peut faciliter le travail des soignants et apaiser les patients.
« J’ai rebondi sur ce défi qu’on me lançait pour m’inscrire au concours d’entrepreneuriat que proposait notamment Sanofi, en 2019, poursuit Lucile Derly, avant d’ajouter, Comment, d’une problématique, je me suis lancée dans une idée à développer et à concrétiser. »
Elle interroge ses collègues : homologation européenne, marquage CE, études cliniques… Lucile prend la mesure d’un tel projet et développe un premier prototype. Récompensée lors du concours, elle se lance dans la création de sa start-up en août 2020.
Après de nombreuses itérations, le prototype initial sous forme de montre se change en un nouveau dispositif médical ergonomique, attaché à une sangle permettant de viser juste l’artère radiale. « Les essais cliniques sont en cours et les retours prometteurs ! » affirme la jeune entrepreneure qui mise sur une commercialisation en 2026.
Et si Lucile porte en elle l’envie de faire bouger les lignes dans le domaine de la santé, c’est aussi parce qu’elle a grandi avec son entreprise. « On prend conscience de ce qu’on fait quand on regarde en arrière. Je me suis posée beaucoup de questions avec les premiers recrutements et les premiers départs de collaborateurs. Travailler en équipe, mettre l’humain au cœur de son projet est ce qu’il y a de plus satisfaisant et aussi de plus difficile à gérer, reconnaît-elle. Moi qui n’ai jamais eu de CDI, je crée l’entreprise dans laquelle j’aimerais être. » Et pour cela, Lucile sait qu’il est nécessaire de bien s’entourer, de capitaliser sur l’expérience d’autres entrepreneurs.